Ella et Arthur : Chapitre 6

couple hands love sitting

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Trois semaines plus tôt. Paris.

Le lendemain, j’appelle Coralie pour lui annoncer mon diagnostic et lui dire que mon arrêt maladie a été prolongé d’un mois. La gentille Coralie est toute en peine de m’annoncer qu’elle a vu passer ma lettre de licenciement dans l’imprimante de la boîte.

– Mais, il n’a pas le droit de faire ça ! Je suis en arrêt maladie !

– Et bien, j’ai peur qu’il ne se l’octroie, ce droit.

– Tu as vu s’il y a un préavis sur la lettre ?

– Oui, deux semaines, je crois !

– OK, je te remercie du fond du cœur Coralie. Sans toi, je n’aurais jamais pu trouver ce qui n’allait pas.

– Je suis désolée pour ce qui t’arrive, bichette. Fais-moi savoir si tu as besoin de quelque chose et prends bien soin de toi.

Quand je raccroche le téléphone. J’attends quelques secondes la nouvelle secousse d’émotions qui est censée m’envahir. Mais rien ne vient, je ne ressens plus aucune émotion. Accumuler autant de mauvaises nouvelles en l’espace de 72 h, ça devrait faire le titre des journaux. Un truc du genre « virée par son mec et son patron après avoir appris qu’elle était mourante ». J’en rigolerais presque, si certaines questions n’exigeaient pas des réponses immédiates : comment vais-je faire pour trouver un nouvel appartement si je n’ai plus de fiche de paie ? Puis une autre : Comment vais-je faire pour trouver un nouvel appartement avec ma maladie ?

Malgré l’urgence de la situation dans laquelle je me trouve à tous les niveaux, il se passe ensuite deux jours de néant absolu. Une chape de plomb est tombée sur mes épaules et avec ce poids supplémentaire, chaque mouvement relève du défi. J’aurais dû me bouger pour trouver des solutions à cette catastrophe. Mais au lieu de cela, je passe du canapé au lit et du lit au canapé. Toujours en fixant le plafond dont j’ai appris à connaître les moindres détails. Dans mon esprit, je me trouve dans l’antichambre de l’enfer, à ne pas pouvoir décider si à présent, j’ai plus peur de mourir de cette maladie, ou bien de vivre malade, sans famille et sans logement. Paralysée par la peur, je suis incapable de prendre la moindre décision en dehors du choix essentiel entre le lit et le canapé. Deux jours, sans manger, dormir, bouger, ni parler. Deux jours avec le souffle de plus en plus court, mais sans oser respirer trop fort, de peur que quelqu’un ne vienne m’arracher ce qui me reste encore d’existence. Pendant ces deux jours, j’ai bien entendu mon téléphone sonner trois ou quatre fois, mais je n’ai décroché à aucun appel. D’ailleurs, je n’ai aucune idée d’où il se trouve ce foutu téléphone. À l’oreille, je dirais qu’il est vers la cuisine. Mais je ne suis plus sûre de rien et la réalité a tendance à se confondre avec mes rêves.

J’aurais dû les accepter, ces foutus antidépresseurs, au moins je ne serais pas là, immobile, alors que ma vie va achever de s’effondrer dans quelques jours à peine. Dans ma tête, je tente bien d’élaborer des plans, de me motiver, mais rien ne me convainc. Pourquoi est-ce que je vais sortir de ce foutu lit ? Je suis bien là. Au moins ici il n’y a personne qui ne me veut du mal, il fait chaud, c’est confortable. D’ailleurs, il vaut mieux que j’en profite avant d’être obligée de dormir dans la rue.

J’entame mon troisième jour de torpeur avec peu d’espoir que la situation s’améliore. Pourtant, il se passe un truc étrange dans mon esprit. Je me rends rapidement compte après le « réveil » que cela signifie qu’il ne me reste plus que 12 jours pour sauver ma vie, et ça, c’est le coup d’adrénaline qu’il me fallait pour enfin me sortir du lit. En fait, je ne suis pas juste sortie de mon lit, j’ai littéralement sauté en dehors de celui-ci. Sous le choc, mon estomac vide a plutôt mal réagi et c’est vers la cuvette des toilettes que j’ai couru vider le peu qui s’y trouvait. Après cette interruption bien désagréable. Je me précipite sous la douche avec ma brosse à dents dans la perspective de faire un décrassage en profondeur. Chaque centimètre de ma peau est savonné à plusieurs reprises et mes cheveux ont le bonheur d’être shampouinés trois fois, suivi d’un masque démêlant. Je ressors de la douche 15 minutes plus tard en me sentant propre, mais toujours faible et nauséeuse. Je me sèche les cheveux et enfile des vêtements propres. 30 minutes plus tard, je marche en direction de la boulangerie. Mon frigo étant vide, il faut quand même que j’arrive à ingurgiter quelque chose. J’achète donc un sandwich et un soda à la boulangerie et repars en direction du cabinet du Dr Hahnemann. Il me reçoit 30 minutes plus tard dans son bureau.

Une fois installée sur ma chaise et lui sur la sienne, j’ose enfin parler de ce qui m’amène.

“Voilà, je n’ai pas l’intention d’étaler ma vie, je vous rassure, mais je suis contrainte de vous raconter que mon fiancé et mon patron ont décidé de me virer la même semaine. Donc dans un peu moins de deux semaines, je vais me retrouver à la fois malade, sans travail et sans logement.

– Je ne veux pas me mêler de votre vie privée, Mlle Matthieu. Mais comment cela se fait-il que votre patron puisse vous licencier ? J’ai moi-même signé votre arrêt maladie il y a quelques jours.

– J’avoue que je ne sais pas, c’est une de mes collègues qui m’a prévenue, mais je n’ai pas encore reçu ma lettre de licenciement pour connaître le motif et savoir si je peux faire un recours.

– Je vois.

– Mais quoi qu’il en soit la situation est relativement grave pour moi, parce que j’ai à peine la force de sortir de mon lit chaque jour alors je me demande comment je vais faire pour retrouver sous 10 jours à la fois un logement et un nouveau CDI, sans compter de faire un déménagement. Et si je ne fais rien de tout cela, je vais me retrouver à la rue.

– Mais vous n’avez pas des amis ou de la famille qui pourrait vous venir en aide ou vous héberger ?

– Non, je n’ai plus personne.

Je me passe d’explications sur le coup monté auquel j’ai eu le droit ces derniers jours.

– Alors qu’attendez-vous de moi exactement ?

– L’autre jour, j’ai appelé l’hôpital Georges Pompidou comme vous me l’avez dit, mais ils m’ont répondu qu’il n’y aurait pas de place avant un mois pour un premier rendez-vous et qu’ensuite, il faudrait certainement compter encore plusieurs semaines pour recevoir la greffe, à condition que d’ici là je trouve un donneur compatible. Ce qui va être très difficile. Bref, j’ai lu l’autre jour sur internet que l’on pouvait avoir recours à d’autres alternatives, au moins temporaires à la greffe. Ce que je vous demande, c’est une solution pour que pendant les prochaines semaines je retrouve mon énergie d’avant et me battre pour ne pas finir à la rue.

Silence. Le Dr Hahnemann me fixe, l’expression neutre. Il doit être en train de trouver la bonne formule pour me faire décamper de son cabinet.

– Est-ce que vous connaissez votre groupe sanguin ?

– Euh. Oui, je suis O positif.

– Est-ce que vous avez une carte de donneur ?

– Oui, j’en ai une. Mais, pourquoi ?

– Étant donné la gravité de votre situation en général, nous allons briser quelques règles et prendre quelques risques. Êtes-vous d’accord ?

– Désespérément d’accord avec tout ce que vous me proposerez.

– Alors, voilà ce que nous allons faire. Vous n’êtes pas encore assez malade, aucun médecin n’acceptera à ce stade de vous faire une transfusion sanguine. Or, c’est une transfusion de sang qu’il vous faut dans un premier temps pour retrouver un taux de globules rouges et de globules blancs acceptable. Donc en sortant de ce cabinet, vous allez chez vous chercher votre carte de donneur et le résultat du test VIH que nous avons fait la semaine dernière et vous filez à l’adresse que je vais vous donner. C’est un centre de don du sang.

– Quoi ? Mais je croyais que je devais recevoir du sang, pas en donner !

– Écoutez-moi, Mlle Matthieu. En donnant votre sang, vous allez devenir extrêmement faible. Heureusement, vous serez entouré de médecins et d’infirmiers. Faites-leur alors savoir qu’ils doivent appeler une ambulance. Et s’ils ne le font pas, appelez vous-même le 18. Vous serez alors prise en charge et recevrez une transfusion sanguine. En moins de 24 h vous serez de nouveau sur pied et prête à affronter le monde.

Je le regarde. Interloquée par ce qui vient d’être dit. Je crois que mon médecin vient de me proposer de me quasi suicider pour me sauver la vie.

– Ah et essayez de mettre un peu de couleur sur votre visage pour avoir l’air en un peu meilleure santé, dit-il en désignant son propre visage.

Mlle Matthieu ?

– Oui, pardon j’étais en train de réfléchir. Et, euh, cette solution, elle donne des effets sur combien de temps ?

– Étant donné l’avancement de votre maladie, votre niveau de globules rouges devrait rester acceptable pendant environ une semaine. Mais pour éviter qu’il ne rechute trop vite et pour vous faire patienter jusqu’à la greffe on va empêcher votre maladie de travailler en réduisant votre système immunitaire. Pendant le temps que durera le traitement, vous serez immunodéprimée, il faudra donc que vous fassiez extrêmement attention à ne pas tomber malade. Dans votre cas, un simple rhume pourra prendre des proportions dramatiques. Alors, soyez particulièrement vigilante, je vous en prie.

En prononçant cette dernière phrase, sa voix a changé d’intonation. Elle est passée de neutre à expressive. Mais pour exprimer quoi ? De la compassion, de la pitié, de l’implication ? Je ne saurais le dire, mais apparemment, le Dr Hanhemann a décidé de m’aider et, quelle que soit la manière qu’il a décidée de le faire, j’en suis très reconnaissante. À cette pensée, mon cœur se réchauffe et ma gorge se serre. Il y a même une larme qui dépasse mes paupières et roule sur ma joue. Je m’empresse de l’effacer, mais le Dr Hanhemann l’a remarquée.

– J’ai conscience que ce que vous êtes en train de vivre est extrêmement difficile, Mlle Matthieu. En plus de la maladie, s’ajoutent tous les autres aspects de la vie humaine. Et Dieu sait que les humains ne font pas souvent dans la bienveillance.

Ne pas pleurer, surtout ne pas pleurer.

– Si vous restez à Paris pendant cette période, j’ai bien peur qu’en plus de sombrer dans une profonde dépression et de vous retrouver à la rue, vous ne risquiez d’attraper toute sorte de virus et de bactéries qui traînent dans nos espaces publics et nos transports en commun. Pourquoi n’iriez-vous pas vous mettre au vert le temps de recevoir votre greffe ? Je suis sûre que votre corps et votre esprit vous en remercieraient. Si vous le souhaitez, revenez donc me voir quand vous irez mieux, et je pourrais vous donner l’adresse d’une bergerie en Haute-Savoie qui pourrait vous héberger contre quelques services rendus. Je suis convaincu que l’air de la montagne vous fera le plus grand bien.

Alors là ! Je suis sur le dada. Ça a l’air trop beau pour être vrai ! Un peu méfiante, je lui réponds quand même un timide :

« Merci. Si je survis à ce que vous avez prévu pour moi aujourd’hui, je vous promets d’y réfléchir.

– Faisons comme cela. Laissez-moi vous donner votre ordonnance pour la seconde partie de votre traitement et je vous libère.

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