Ella et Arthur : Chapitre 3

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Temps présent. Bergerie de la Haye.

Le lendemain de mon arrivée à la Bergerie de la Haye, je me réveille vers 7 h et, malgré l’heure qui me semble matinale, je ne trouve personne dans le Chalet. Seul un mot laissé par Catherine m’informe de la situation : « Nous sommes partis nous occuper des brebis, prends un bon petit déjeuner et viens nous rejoindre quand tu es prête ».

Aussitôt dit, aussitôt fait. J’engloutis ce qui restera dans ma mémoire comme l’un des meilleurs petits déjeuners de toute ma vie . Le pain est incroyable, les confitures extraordinaires. C’est une météo relativement fraîche, mais dégagée qui m’accueille dehors une vingtaine de minutes plus tard. Si je dois chercher Catherine et Richard au milieu des brebis, il me semble que c’est vers la grange que je dois me diriger. Je finis par les retrouver dans un endroit particulier qui semble tout désigné pour la traite. Finalement j’aperçois Catherine qui s’active avec tout un tas de machines face à des brebis qui lui adressent fièrement leurs pis. Le spectacle est singulier, mais je me contente d’observer à bonne distance pour ne pas déranger cette danse matinale. Catherine m’aperçoit au bout d’un minute ou deux me fait signe de m’approcher, toujours son magnifique sourire accroché à son visage.

– As tu bien dormi ?, me demande-t-elle quand je me suis suffisamment approchée.

– Comme un loir.

– Les gens qui viennent de la ville dorment généralement très bien ici. L’air, le silence et l’absence de lumière extérieurs ne viennent pas nous déranger.

– Je suis sous le charme de l’endroit, dis-je en souriant.

– Et bien, tant mieux ! Tiens, est-ce que ça te dit de participer ?

Comment ça participer ?

– Euh, c’est-à-dire que tout cela est très nouveau pour moi. Je n’ai pas vraiment l’habitude d’être en contact avec les animaux.

– Ne t’inquiète pas, ces biquettes font sans doute partie des animaux les plus gentils de la terre et il y a très peu de chance qu’elles te fassent le moindre mal. Pour l’instant, ce dont elles ont besoin c’est qu’on soulage leurs mamelles trop pleines. Regarde, pour cela, on utilise cette machine…

Et je ne sais pas comment Catherine a fait, mais la magie a opéré. Au point que seulement 10 minutes plus tard, j’enchaîne les traites comme si j’avais fait ça toute ma vie. Cette activité m’enthousiasme bien plus que je ne l’aurais jamais imaginé. J’en profite pour poser plein de questions à Catherine sur la traite et le fonctionnement de sa bergerie en général. Questions auxquelles elle répond de bon cœur, fière de partager son métier avec moi. À un moment donné, Catherine me laisse même seule aux commandes pendant qu’elle se rend faire quelques vérifications à la Bergerie. La confiance que Catherine me donne, me va droit au coeur. Pendant son absence je m’applique avec rigueur à la traite pour qu’elle ne soit pas déçue.

La traite dure environ jusqu’à 9h30, mais mes vêtements prévus pour la journée semblent déjà foutus. Peu importe en réalité, cela fait longtemps que je ne me suis pas autant amusée. C’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’observe à présent Catherine guider ses animaux vers la prairie. J’observe qu’elle possède également deux chiens de berger que je n’avais pas remarqués jusqu’à lors et qui semblent d’un enthousiasme encore plus débordant que le mien à l’idée d’une nouvelle journée de travail.

Le reste de la matinée, Catherine m’explique tout le processus de transformation du lait de brebis en différents produits. Pour la première fois de ma vie, je suis l’élève la plus attentive de toute la classe. Ce n’est pas très difficile en même temps puisque je suis la seule. Enfin, quand midi sonne nous retournons ensemble vers le chalet pour une pause bien méritée et nous préparer un déjeuner digne de nos efforts accomplis.

– Tu as très bien travaillé ce matin, je te félicite !

– Ooh ! Je vous remercie. Je ne pensais pas que je travaille agricole aurait pu autant me plaire. Ça me change vraiment du travail derrière un ordinateur.

– Donc avant de venir ici tu avais un travail de bureau ?

Tout d’un coup, je m’aperçois que la seule chose que Catherine sait de moi, c’est ce que le Dr Hahnemann lui a dit lors de notre conversation téléphonique en commun il y a quelques jours. C’est à dire pas grand chose, si ce n’est que je suis malade. Étant donné la générosité dont elle fait preuve à mon égard, il me paraît juste qu’elle en sache un peu plus sur moi. Par ailleurs, elle me paraît être une personne tellement honnête et joviale, que je ne ressens pas de problème à me confier.

– Oui. En réalité, je suis assistante de direction. J’ai été licenciée il y a quelques jours. Je crois qu’à cause de ma maladie, je n’étais plus suffisamment efficace dans mon travail.

– Je vois. La vie est souvent bien cruelle envers ceux qui souffrent déjà.

Je baisse la tête et fixe intensément mon assiette, ne sachant quoi répondre. Ces dernières semaines ont été vraiment éprouvantes. Mon licenciement fait partie des éléments que je n’arrive pas à digérer et rien que d’y repenser, ma mâchoire se serre et mes yeux me piquent.

– Et lorsque nous nous sommes parlé au téléphone, Marcus m’a dit que tu étais malade. Je n’ai pas besoin de tout savoir, ne t’inquiète pas, seulement il faudrait que tu me dises s’il y a des choses qui sont incompatibles avec ta maladie, ou bien des consignes particulières qu’il faut respecter. Je veux que cette Bergerie soit un endroit où tu te sentes le mieux possible, alors sens-toi libre de nous donner des indications pour que ça se passe le mieux possible pour toi.

– Et bien, je suis vraiment touchée par ce que vous dites. Votre Bergerie est incroyable et je m’y sens déjà mieux que dans mon ancienne maison. Je ne sais pas comment vous remercier de m’accueillir dans des circonstances pareilles.

– Pas de merci pour ce qui est mon devoir, ma belle.

– Je crois que le mieux est de commencer par vous donner quelques explications…

Et je raconte tout à Catherine. Absolument tout. Sauf que pour l’épisode du don du sang, je raconte que c’était mon idée, et non celle de son cousin. Et je crois que j’ai bien raison étant donné le regard extrêmement sévère avec lequel elle me fixe pendant que je lui raconte l’épisode.

– Tu as pris d’énormes risques…

– Avais-je réellement le choix ?

– Tu m’as l’air d’être une très gentille personne, Ella. Tu préfères prendre les risques pour toi plutôt que pour les autres. Je te comprends, j’étais comme cela aussi étant jeune. Et comment cela se passe-t-il pour ton suivi médical ?

– Et bien le Dr Hahnemann m’a recommandé un médecin de l’hôpital de Thonon, un certain Dr Bringer. Je dois prendre rendez-vous avec lui pour connaître la suite des évènements.

– Ah oui ! Arthur ! C’est un excellent médecin. C’est lui qui s’est occupé de Richard quand il avait ses problèmes de cœur. Il a tout de suite vu ce qui n’allait pas et a presque immédiatement proposé les bons traitements. Depuis Richard a pu recommencer à vivre normalement. Marcus a bien fait de t’orienter vers lui, je pense qu’il est l’une des personnes les plus compétentes de Savoie pour assurer ton suivi.

– Bien, j’ai de la chance alors !

– Oui, d’ailleurs ne te fis pas à son jeune âge. Il nous a raconté qu’il a sauté au moins 4 classes dans sa scolarité ce qui en a fait un des plus jeunes diplômés de médecine de France. D’ailleurs, il est très sollicité par le CHU de Genève qui aimerait bien l’avoir à temps plein là-bas.

– Woow. C’est impressionnant ! Il doit bien gagner sa vie alors !

– Ooh ça, tu peux me croire, il ne s’en sort pas si mal ! D’après ce que j’ai compris, il vient déjà d’une famille aisée qui possède un certain nombre de propriétés en Savoie et en Suisse, mais en plus son salaire semble lui permettre de faire des petites folies. Quand Richard y va pour son suivi, les deux n’arrêtent pas de se chamailler sur leurs chars respectifs. Richard cri haut et fort qu’il est fier de son tracteur, tandis que le le Dr Bringer se moque de lui en vantant les mérites de ses petits bolides.

– La bataille doit être féroce !

– Tout à fait ! Surtout, quand tu iras le voir, ne lui parle jamais de voiture sinon tu risquerais de te retrouver piégée dans une histoire sans fin !

– Entendu ! Je ferais très attention de ne pas mentionner ce sujet ! Dis je avec enthousiasme.

J’avoue que je me sens quelque peu soulagée par le contenu de cette conversation. Voici deux personnes qui m’en vantent les méritent en tant que médecin. Il semblerait une fois de plus que le Dr Hahnemann ne m’ait pas abandonnée à mon triste sort et m’ait confiée à des mains expertes. Moi qui, depuis ma sortie de l’hôpital, redoute de penser à ce qui m’attend pour la suite. Après le déjeuner, je me sens particulièrement fatiguée, le déménagement, la route jusqu’ici et la matinée à la bergerie ont eu raison de mon énergie. Je décide donc de passer l’après-midi à me reposer et à ranger mes affaires qui sont encore enfermées dans mes valises. Je profite également de ce moment de calme pour réserver un rendez-vous en ligne avec le Dr Bringer. Il y a justement un créneau de libre le mardi suivant. Il est samedi, je dois donc attendre deux jours avant mon rendez-vous, cela me paraît être un délai raisonnable pour que je puisse prendre quelques repères dans ce nouvel environnement.

Effectivement, les jours qui suivent je suis mise à contribution pour les travaux de la Bergerie. Je ne m’étais jamais doutée qu’élever des moutons pouvait demander autant de travail. Catherine et Richard n’arrêtent pas de travailler de 6 h à 20 h. Ce qui me paraît le plus étonnant, c’est qu’ils le font sans se plaindre et même avec un certain enthousiasme. Je découvre qu’en plus Catherine est une cuisinière hors pair et chaque repas avec elle ressemble à un repas de réveillon dans mon ancienne vie. C’est incroyable ce qu’elle arrive à préparer comme merveille, parfois avec si peu. Je découvre également les fromages de leur fabrication et suis véritablement étonnée par leur goût, tellement éloigné de celui des fromages que j’ai toujours acheté en super marché. Enfin, je découvre également que les brebis sont des animaux très affectueux qui adorent se faire caresser.

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